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04/08/2017

100% énergies renouvelables à l’horizon 2050 : c’est le cap en Centre-Val de Loire

La Région Centre-Val de Loire est prête à adopter une version régionalisée du scénario Néga Watt qui prévoit le 100% énergies renouvelables à l'horizon 2050, avec une réduction de moitié des besoins d'ici là. Le Centre-Val de Loire est la deuxième région, après PACA, à régionaliser ce scénario élaboré à l’origine au niveau national. Explications et pédagogie ont commencé à l'occasion de deux soirées, à Orléans et Tours. Elles vont se poursuivre pendant un an auprès des habitants des autres départements, d'ici l'intégration du scénario dans le schéma régional Climat Air Energie.

Tandis que la loi de Transition énergétique parle d’objectifs à atteindre d’ici 2025 en matière d’économies d’énergie et de recours aux énergies renouvelables, le scénario Néga Watt élaboré par l’association du même nom et promu notamment par l’Ademe (agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), fixe une ligne d’horizon à 2050.
33 ans pour changer de cap. C’est le défi que se lance donc la Région Centre-Val de Loire, qui affiche son ambition et sa stratégie politique. Une façon pour elle, aussi, de sortir du nucléaire en douceur, sachant qu’elle compte quatre centrales sur son territoire.

Le scénario NégaWatt sert de base à ce chantier. François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire, et Benoît Faucheux, vice-président délégué à la transition énergétique et à l’environnement, ont présenté les résultats de la déclinaison régionale de ce scénario « Vers un système énergétique "100% renouvelables à l’horizon 2050 », mardi 6 juin à l’Hôtel de Région à Orléans, et mercredi 7 juin au Lycée Descartes à Tours.

De gauche à droite : Philippe Verdier, Benoît Thévard, Benoît Faucheux, Thomas Letz, Jean-François Hogu.
(Photo Patrice Dézallé)


La conférence-débat, animée par les principaux auteurs de l’étude - Thomas Letz (Institut NégaWatt), Benoit Thévard (Ingénieur Consultant), et Philippe Verdier (Virage Energie CVL), était suivie à chaque fois d’un échange avec la salle.
Le principe sera reconduit dans les quatre autres départements de la région dès la rentrée de septembre.

Nous avons rencontré les intervenants juste avant la première conférence-débat à Orléans.
Il faut d’abord indiquer qu’il s’agit de la 4e version d’un scénario "Néga Watt" qui avait déjà été présenté ici à Orléans à la fin février 2012.

"Nous avons souhaité décliner ce scénario à l’échelle de notre région. Cela va nous aider dans l’élaboration du SRCCAE (schéma régional du Climat, de l’Air et de l’Energie). Maintenant que ce scénario existe, il faut l’utiliser", explique Benoît Faucheux.


L’association Virage Energie en Centre-Val de Loire avait elle-même lancé un pré-scénario 100% renouvelables à ce moment-là.

La planification semble indispensable
Philippe Verdier, urbaniste et sociologue, a fait partie des fondateurs de l’association Virage Energie, en 2012. Cette association a pour but de militer en faveur d’un scénario et de sa réalisation. En 2015, elle a d’ailleurs mis au point un document « Vers un scénario en 2050" qui avait été soumis à un jury citoyen.
"Cette démarche avait été soutenue par la Région Centre-Val de Loire", rappelle Philippe Verdier. "Si l’on va vers le 100% renouvelable, ça va modifier la géographie de la production d’énergie dans la région", relève Philippe Verdier.
C’est pourquoi la planification lui paraît essentielle. "Car il y aura des conséquences sur la mobilité, l’agriculture et bien d’autres secteurs d’activité", abonde Benoît Faucheux.

Partir de l’analyse de tous les besoins, et non pas de moyens de production
"Le scénario de Néga Watt est un exercice de prospective où l’on se dit que ce qui importe en priorité c’est l’énergie que l’on va consommer et non pas l’énergie que l’on produit
", résume Thomas Letz. "Il faut donc partir de l’analyse de tous les besoins".
Des besoins qui ont été chiffrés de façon détaillée pour la région Centre-Val de Loire, en matière d’agriculture, d’habitat, d’industrie, de transports, d’activités tertiaires, etc…

Première étape : étudier comment parvenir à plus de sobriété et d’efficacité, en commençant par réduire les gaspillages. Comment aussi couvrir ces besoins. Besoins "réévalués, avec évidemment des énergies renouvelables pour rester dans la logique. On remplace des technologies obsolètes par des technologies plus efficaces".
Et bien sûr, "des énergies renouvelables sur des technologies éprouvées", précise Benoit Faucheux.
C’est pourquoi il n’est pas question par exemple de métanation, ni d’hydrogène, ni d’EPR. Reste l’éolien, le photovoltaïque, l’hydraulique, la biomasse et la géothermie.
Il y a maintenant 33 ans pour réduire les besoins de 50%.

Le scénario Néga Watt est couplé à un autre scénario alternatif : Afterres 50, porté par l’association Solagro, rappelle Benoît Thévard.
La Région Centre-Val de Loire a d’ailleurs été l’une des toutes premières à adopter ce scénario (Lire sur Puissance2d).
Ingénieur, consultant indépendant et conférencier, Benoit Thévard est spécialisé sur la transition énergétique après pétrole. Il a notamment participé aux travaux sur les facteurs de rupture, c’est-à-dire les risques qu’un scénario ne puisse pas se réaliser.
« Le scénario a été réfléchi par des experts », souligne Benoit Faucheux.

"Il faut un mouvement citoyen en faveur de la transition énergétique"
Maintenant est donc l’heure de présenter ce scénario régional aux citoyens.
Après Orléans et Tours, la tournée de présentation se poursuivra dans les quatre autres départements à partir de la rentrée. Il s’agit aussi de temps d’échanges et de discussions sur les résultats.

"Il faut un mouvement citoyen en faveur de la transition énergétique, d’autant que cela aura une incidence sur la vie des gens", plaide Benoît Faucheux.
Ce choix politique et stratégique implique la disparition à terme des centrales thermiques et nucléaires. Car "le fossile et le fissile ne se renouvellent pas".
La Région Centre-Val de Loire est la deuxième, après PACA, à régionaliser ce scénario élaboré à l’origine au niveau national.
Une utopie ? "Non", assure Philippe Verdier. "Le scénario repose sur la faisabilité technique et sur une faisabilité socio-économique. Mais la mise en œuvre suppose un courage politique et une stratégie".

Un projet qui se veut réaliste
Les hypothèses basées sur l’utilisation de la biomasse ont été revues à la baisse par rapport à la première version du scénario, en tenant compte qu’il risque d’y avoir de la tension sur cette ressource. De son côté, le photovoltaïque est devenu plus performant.

"Le côté réaliste est aussi dans la capacité à vérifier heure par heure que la production d’énergie par des sources renouvelables sera compatible avec la demande", souligne Benoît Faucheux.
Ce sera fait d’après le modèle créé sur la base du nouveau mix-énergétique. L’outil de modélisation comporte plus de 2.000 paramètres.

Mais la régionalisation ne peut-elle s’assimiler à une approche autarcique déconnectée de certaines réalités, comme les exportations et importations ?
"L’idéal sera évidemment que les régions environnantes et même l’ensemble du territoire national se convertisse. On veut aussi montrer que la région ne fonctionne pas comme une île", rétorque d’ailleurs Benoit Thévard. « Le calcul heure par heure permet d’envisager des exportations ou des exportations d’énergie avec d’autres régions ».

L’Ademe a d’ailleurs fait une simulation sur le mix-électrique sur l’ensemble du territoire national. Aujourd’hui, les énergies renouvelables représentent 13% de la production globale d’énergie dans la région Centre-Val de Loire (électrique et thermique).
Mais cette production "alternative" est essentiellement assurée par le bois énergie.

L’isolation des logements sera un facteur clé de réussite

La baisse de consommation d’énergie de 50% d’ici 2050 se fera essentiellement par l’isolation des logements. Il y a en moyenne 30.000 logements anciens à rénover par an. Et en supprimant les gaspillages. "Ce qui représente peu d’investissements car il s’agit surtout d’agir sur les comportements, les objectifs ne sont pas illusoires", souligne Thomas Letz.

La faisabilité est attestée par l’expérience des familles qui participent au Défi énergie depuis quelques années.
Il est évident que les objectifs ne pourront être atteints en restant à consommation constante.

En outre, "il y a encore beaucoup de potentiel sur le plan de la production, en particulier dans l’éolien, sans saturer les paysages ni le patrimoine architectural", ajoute Benoît Faucheux.
Les installations d’éoliennes devront tripler d’ici 2050. Et "la première vague sera remplacée par des nouvelles installations dotées de technologies plus efficientes qu’à l’origine fait valoir", Jean-François Hogu, de Virage Energie.

Reconvertir les emplois du nucléaire
Mais que vont devenir les emplois du nucléaire ? "Ils vont être compensés par les emplois créés dans les secteurs alternatifs. On ne va pas créer d’emplois supplémentaires", admettent honnêtement les promoteurs du scénario "100% énergies renouvelables", du fait de la sortie du nucléaire.
"Il faudra d’ailleurs prévoir des reconversions pour de nombreux salariés d’EDF. En revanche, il va y avoir une forte demande dans le bâtiment et la production d’énergies alternatives. De ce fait, nous aurons une répartition des emplois plus équilibrée dans le temps et dans l’espace" souligne Benoit Thévard.

Et à partir de quand sera ouvert ce "chantier alternatif " ?
Après un an de débats et de discussions, il y aura un document prescriptif, annexé au nouveau SCRCAE.
Mais il vaut se rendre à l’évidence que des pas ont été faits dans cette direction, à travers notamment le schéma éolien, les opérations de rénovation énergétique de logements et de bâtiments. En autres...

Patrice Dézallé

 

-> Accédez au dossier complet sur le scénario 100% renouvelable 2050 en région Centre-Val de Loire

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