Enjeux/Débats
15/10/2012

"Défendre l’écologie c’est aussi défendre l’économie", estime Serge Lepeltier, ancien ministre de l’Ecologie, maire de Bourges

Cette conviction de Serge Lepeltier, maire de Bourges, ancien ministre de l’Écologie, en conclusion du débat sur le thème de la croissance verte, organisé ce samedi 13 octobre dans le cadre du Festival international du film écologique de Bourges, est partagée autant par Bruno Genty, président de France Nature Environnement (président du jury du Festival), que par Agnès Michel, responsable de la commission Économie Social Services publiques d'Europe Ecologie/Les Verts, qui ont participé à la table ronde sur la croissance verte. Mots clés : anticipation, formation, éco-fiscalité. En résumé : nécessité d'un changement de modèle économique.

Qu’est-ce que l’économie verte et quels espoirs peut-elle porter ? c’était en substance le thème de la table ronde organisée samedi 13 octobre dans le cadre du Festival international du film écologique de Bourges.

Selon Serge Lepeltier, l’économie verte est la partie de l’économie qui s’occupe de l’environnement et des activités décarbonées. Aujourd’hui, ce sont plutôt des métiers liés l’environnement, mais le champ de l’économie verte va s’élargir et se développer.
Agnès Michel considère que c’est un peu réducteur d’assimiler l’économie verte au verdissement de certains métiers.
"Le système de compensation n’est pas suffisant car il peut se traduire par des problèmes sociaux". Elle fait référence à Mittal qui a rentabilisé la fermeture de l’usine Arcelor de Gandrange grâce au marché des certificats d’économies d’énergie.
Mais "est-ce qu’il faut garder des métiers quand ils sont polluants", interroge malicieusement Serge Lepeltier. Agnès Martin considère que c’est un moindre mal puisque sinon il faut faire importer de l’acier, ce qui est encore plus polluant.
Serge Lepeltier, maire de Bourges,
ancien ministre de l’Ecologie.
(Photos Patrice Dézallé)
 

L’économie verte incite à se poser la question des vrais besoins

 
Bruno Genty constate que la plupart des pays sont favorables à une économie verte, mais avec une définition différente. La définition du président de FNE c’est : "produire et consommer moins et mieux, pour satisfaire les mêmes besoins". Il enchaîne : la première économie verte consiste à lutter contre le gaspillage alimentaire. La FAO a calculé que 50% des productions alimentaires ne finissent pas dans l’assiette, bien qu’ayant nécessité de l’eau et des produits de traitement pour les faire pousser. C’est le cas des tonnes de melons qui se retrouvent à la benne parce qu’ils ne correspondent pas au calibre standard.
Bruno Genty considère qu’il faut "se reposer la question de nos besoins réels". On découvrirait parfois qu’il vaut mieux louer un bien que le posséder pour s’en servir une ou deux fois par an. Est-ce qu’on a besoin de posséder une ou deux voitures ou besoin de se déplacer ? Une étude prévoit qu’il y aura en Europe 15 millions d’usagers en auto partage en 2020 contre 800.000 actuellement.
"Si l’on n’anticipe pas, la transition énergétique risque d’être très douloureuse", estime le président de France Nature Environnement.

Bâtiment, transports... d’importants gisements d’emplois

 
Serge Lepeltier ouvre une fenêtre sur le gisement d’emplois verts, qui a été estimé à 900.000 en France. D’abord dans le bâtiment. Il faut isoler un million de logements par an, dont 500.000 dans l’ancien. Les nouveaux modèles automobiles, passant du carboné à l’électrique, nécessitent la transformation d’emplois « polluants » en emplois verts. Le maire de Bourges n’incite pas à se passer de la voiture, "un élément de liberté individuelle", surtout si c’est à moindre coût écologique.
Mais "est-ce que l’on veut vraiment faire de la transition écologique ?" réagit Bruno Genty. Si c’est le cas, il faut se poser la question de nos organisations, qui reposent sur la consommation de matières premières d’origine fossile.
 
Serge Lepeltier : Bourges travaille sur plan de déplacement urbain pour améliorer la pratique du vélo et les transports publics, mais il faut aussi faire des efforts technologiques en parallèle. Or,
les efforts pour faire baisser de 6 centimes le prix des carburants à la pompe cet été ont été contre-productifs selon l’ancien ministre de l’Ecologie, notamment pour atteindre l’objectif de 2 millions de véhicules électriques en 2020 comme inscrit dans le Grenelle de l’Environnement.
Agnès Michel se dit opposée à "la fuite en avant technologique" si le but est de pérenniser notre modèle et nos organisations existant. Elle évoque les centrales nucléaires, dont la durée de vie est limitée, qu’on le veuille ou non.
"La transition énergétique c’est aussi prévoir les reconversions", emboîte Bruno Genty, faisant lui aussi référence à la fermeture programmée de la centrale de Fessenheim.

Des gisements d’emplois dans les secteurs du bâtiment, des transports, et de l’agriculture... entre autres

Alors les gisements d’emplois verts, comment vont-ils se développer ? Outre les énergies renouvelables (solaire, éolien…), les trois grands secteurs qui feront évoluer les emplois sont le bâtiment, les transports, l’agriculture, prédit Serge Lepeltier. Dans l’agriculture, l’agronomie peut remplacer en partie la chimie, rappelle Bruno Genty. Encore faut-il que le cap soit clairement fixé et surtout maintenu, ajoute le président de France Nature Environnement, qui craint que la récente Conférence environnementale connaisse le sort du Grenelle de l’Environnement sous l’influence des lobbys.

Car "il y a de grosses marges de progrès" dans de nombreux domaines estime Agnès Michel, rappelant qu’on trie à peine 20% des déchets.
Bruno Genty signale que FNE a un partenariat très productif avec les Ateliers du Bocage, animés par Emmaüs : cette association répare et reconditionne des produits de seconde main (ordinateurs et téléphones). Cette activité donne lieu à un changement de modèle industriel car elle permet de réutiliser des « terres rares ». Il cite aussi le succès des Amapp .

La formation et les qualifications, des facteurs clés à confier aux Régions

Agnès Michel, d’Europe Ecologie/Les Verts.

Même la FNSEA soutient la lutte des ONG contre l’artificialisation des sols. Ce lobbying devrait avoir un impact sur les projets de LGV et d’autres projets d’envergure consommateurs d’espaces, comme les zones d’activités ou les zones commerciales. Agnès Michel rappelle que ces développement coûtent cher aux contribuables car ils nécessitent des aménagements coûteux financés par les collectivités. Enfin, elle soulève l’impérieuse nécessité d’un aménagement équilibré du territoire.Ce qui a un rapport notamment avec le problème majeur des compétences et donc de la formation.
La pénurie de compétences pour répondre aux offres d’emplois verts n’est pas qu’un problème de moyens mais aussi un problème de choix politiques, estime Serge Lepeltier.

À ce propos, Agnès Michel considère que la formation devrait être complètement du ressort des Régions, avec les moyens appropriés.
En tant qu’ancien secrétaire général de la maçonnerie, Serge Lepeltier témoigne qu’il faut lancer des formations cinq à dix ans à l’avance pour qu’elles soient opérationnelles. Ce qui a posé par exemple des difficultés dans la mise en place de chauffe-eau solaires, faute d’entreprises suffisantes.
"Je suis d’accord pour dire que c’est de la compétence des Régions, mais à condition que les programmes de formation soient élaborés en concertation avec les entreprises", poursuit le maire de Bourges. Il ajoute la nécessité de mettre en place des certifications afin de sécuriser les rapports entre entreprises et leurs clients.
Bruno Genty considère qu’il faut accorder une reconnaissance sociale aux métiers verts, faisant référence aux ambassadeurs du tri, pressés comme des citrons puis abandonnés à leur sort.
Compte tenu de tous ces objectifs, le rôle des pouvoirs publics paraît déterminant. "Il faut des règles, et les règles (normes, incitations) doivent être instaurées par l’Etat", estime Serge Lepeltier qui souligne au passage le rôle essentiel tenu par l’Europe pour inciter les Etats.

Unanimité en faveur d’une éco-fiscalité

Dominique Genty, président de France Nature Environnement.

Sachant que "le seul critère de choix en économie de marché, c’est le prix", il faut intégrer dans les prix la conséquence environnementale. Mais pour arriver à ce que les produits écologiques ne coûtent pas plus cher que les autres. Il rappelle l’effet du bonus/malus écologique, dont il est à l’origine.
Serge Lepeltier se dit favorable à une TVA différenciée en faveur des produits écologiques. Bruno Genty se dit d’accord pour pénaliser les produits jetables. Et pour soutenir un travail d’éducation populaire à la consommation soutenable. Car les plus pauvres sont les plus touchés par la mal-consommation et par les pollutions.
En tout cas, la volonté politique donne des résultats. La preuve : pour faire fonctionner sa chaufferie urbaine, la ville de Bourges a remplacé le charbon provenant d’Afrique du Sud par du bois d’origine locale. Les coûts ont été divisés par onze, rapporte Serge Lepeltier. Le maire de Bourges fait écho à une intervention d’Agnès Michel sur une aberration : l’exportation de grumes de bois français vers la Chine et le retour de ces grumes transformés sur notre sol, en raison de l’effet asymétrique des taxes.
 
"Nous pensons que le modèle économique va évoluer et a intérêt à évoluer " répond Agnès Michel. EELV est persuadée qu’une éco-fiscalité qui tienne compte des externalités (effets sur la santé, sur les contribuables, etc.) peut constituer un effet de levier. Elle appelle à la responsabilité politique, de tous bords.
D’autant que "la société civile ne sera pas patiente très longtemps", prévient Bruno Genty, qui attend de voir la feuille de route de la transition écologique, déclinée dans tous les ministères, qu’a promise le Premier ministre. Serge Lepeltier dit se retrouver sur l’objectif de l’éco-fiscalité.
 

Appel à une mobilisation générale et à une évolution des comportements

"Rassemblons-nous tous autour de ce projet : défendre l’écologie c’est aussi défendre l’économie", plaide Serge Lepeltier. Qui ose à peine laisser imaginer les effets de l’inertie face à un changement climatique dont les conséquences pourraient se traduire par une perte de 10 à 20% de valeur du PIB dans quelques décennies. Bruno Genty souscrit : "l’économie et l’écologie sont intimement liées", ne serait-ce que sur le plan étymologique. Pour lui, l’urgence est d’avoir une économie qui s’appuie sur les compétences et les savoir-faire des individus, tout en soulignant que les associations contribuent aux avancées par leur rôle d’aiguillon.
Agnès Michel retient la nécessaire évolution des comportements. Elle engage à soutenir tous ceux qui agissent et à accompagner leur mouvement.
Patrice Dézallé

 

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