logo puissance 2d

atouts
12/08/2017

Design et innovation : le bois a de la veine

Le bois se prête particulièrement au design et aux innovations. Encore faut-il que les entreprises de la filière en soient persuadées et qu'elles rencontrent les bons experts pour transformer la matière première en des produits à la fois utiles, esthétiques et rentables.

Les designers ont généralement une très bonne connaissance des marchés et des tendance. "Le design c’est la capacité d’accroître la compétitivité, de répondre aux mutations sociétales et d’innover. Un designer effectue un diagnostic avec l’entreprise, il contribuer à faire évoluer les savoir-faire. Et… il offre de la visibilité médiatique. Car c’est généralement un très bon communicant, recherché", résume
Pia Monnier-Wood, consultante et dirigeante de la société Art In Progress.
Elle fait beaucoup de recherche et de sourcing sur le sujet, et a constaté que le designer est en quelque sorte un couteau suisse : il accompagne l’entrepreneur ET ses équipes. "Car ce sont ses équipes qui ont du savoir et des compétences, il ne faut pas l’oublier", souligne Pia Monnier. Sachant que "le designer ne part pas de rien". 

Exemple avec Tecsabois, filiale de Chêne Décors, spécialisée dans la charpente. Cette entreprise du Loiret a pris un virage en s’appuyant sur des tendances, comme celle des tiny houses, et en s’associant les compétences du designer Laurent Corio.
Grâce à ses nouvelles réalisations, Chêne Décors bénéficie d’un partenariat avec Leroy Merlin. Et ce partenariat pousse à d’autres innovations. Le marché potentiel s’élargit du même coup vers d’autres réalisations. L’entreprise compte d’ailleurs embaucher une cinquantaine de personnes d’ici trois ans.
Cerise sur le gâteau : Tecsabois a reçu le prix national de l’aménagement intérieur 2016 pour une librairie « en bois » à Paris.

 



Pia Monnier, consultante, en compagnie du jeune designer Julien Benayoun, et de Jack Dolléans,
consultant indépendant de l’industrie bois et du bâtiment, et prestataire d’OBM Construction, qui fait la promotion de la construction bois.
(Photo Patrice Dézallé)

La scierie Moreau, elle aussi, a compris que l’intervention d’un designer pouvait représenter une valeur ajoutée. Ce qui n’est pourtant pas évident quand on fabrique essentiellement des poutres. Mais le premier fruit de ce partenariat, ce sont des bancs commercialisés sous la marque Mo Wo, signés Samuel Accoceberry.

Bien que parfois moquée, l’enseigne Ikea travaille beaucoup avec des designers. C’est par exemple le cas pour les tiny houses et les modules pour hébergement d’urgence.

Trophée Collectivité 2015 de l’économie circulaire
du Trophée Collectivité 2015 de l’économie circulaire
du Trophée Collectivité 2015 de l’économie circulaire
du Trophée Collectivité 2015 de l’économie circulaire

Plus généralement, Pia Monnier considère que les villes ont un potentiel à exploiter avec l’introduction du bois, à travers par exemple des potagers urbains. Elle cite l’exemple d’un champ de permaculture sur l’île de Nantes. Le bois et la végétalisation sont quasiment dans tous les projets.
De plus, le designer intègre le potentiel de vente, avec un minimum d’innovation. Car trop d’innovation, ou une innovation trop en rupture, peut se fermer un marché potentiel, du moins à un moment donné.
Il ne faut pas avoir raison trop tôt, sur le plan commercial. Mais il faut aussi compter sur des « clients » plus réceptifs que d’autres et souhaitant se positionner avant leurs concurrents

C’est ainsi qu’un projet de mobilier urbain en bois et verre aura peut-être un bel avenir pour son esthétique et son utilité. Il va en tout cas être installé à titre expérimental à Alésia (14e arrondissement de Paris). Le CO2 capturé sera transformé en oxygène grâce à une cuve remplie de micro-algues.

L’innovation avec le bois gagne la construction

Jack Dolléans, consultant indépendant de l’industrie bois et du bâtiment, et prestataire d’OBM Construction, évoque justement quelques innovations de rupture dans la construction.
Par exemple avec la solution « techno pieux » qui supporte un bâtiment voire un immeuble sans un gramme de ciment.
Autre avantage : la rapidité de réalisation, ce qui évidemment se traduit par un coût moindre. Il parle des maisons en bois démontables, assemblées par des vis métalliques galvanisées, avec un plancher isolant sur vide sanitaire.

 

 

Par ailleurs, la construction bois sur une vingtaine d’étages n’est plus illusoire ou utopique. Une vingtaine de commandes ont déjà été recensées, signale Jack Dolléans, qui souhaite donc que les entreprises du bois évoluent et changent de mentalité.

D’autant que le bois ne manque pas d’atouts, explique-t-il. Il permet de monter des murs moins épais qu’avec le béton. De ce fait, on peut faire gagner de nombreux m², ce qui donne à terme une valeur ajoutée en raison de l’augmentation de la surface habitable.
Certes, l’ossature bois est limitée à environ 5 niveaux - au-delà il faut utiliser des murs en bois massif ou mixer le bois avec le métal -, mais il y a la possibilité de monter un étage par jour grâce à la pré-fabrication en atelier des murs avec menuiseries.

Pour résumer, le bois se prête l’innovation.Il est très performant offre une esthétique chaleureuse dans la construction.
D’ailleurs, "les métalliers ont tout compris", prévient Jack Dolléans. "Certains ont déjà absorbé des entreprises de construction bois, et il vont venir avec des solutions mixtes". C’est le cas notamment de Baudin-Châteauneuf (Loiret), constructeur de ponts métalliques, qui a désormais une filiale bois.
"Arcelor Mittal sort des tôles qui se marient très bien avec le bois, notamment sur le plan esthétique", convient Jack Dolléans.

Il plaide cependant pour la solution CLT de bois lamellé croisé, qui n’a pas besoin d’ossature métallique, et qui fait office de coupe-feu. Mais "il faut passer aux isolants minces", prône Jack Dolléans. Avec quelque 40mm d’épaisseur, ces isolants offrent la même résistance que les isolants « classiques » de 200mm.

Et puis, "il faut préfabriquer au maximum en atelier". C’est ce que fait Up Brella, au Canada, qui monte des immeubles sans grues ni échafaudages ! "Il n’y a que le bois qui peut permettre ça", s’enthousiasme Jack Dolléans.

De plus, l’arrivée du BIM, la maquette numérique, favorise l’intégration en atelier de tous les passages pour fluides, par rapport à la méthode ancienne du lot par lot.

Julien Benayoun, designer, est cofondateur de l’agence Bold-design destinée à accompagner les entreprises dans leurs projets innovants. "L’idée était de revaloriser tout ce que l’on pensait être des déchets. Le déchet de l’un devient la richesse de l’autre. Même si ce n’est pas toujours du déchet". Ainsi les chutes de bois de noyer, utilisé pour des crosses de fusils par la manufacture d’armes Verney-Carron à Saint-Etienne, deviennent F.Light, une lampe à LED autonome.


Dans tout les cas « il y a beaucoup de travail, en amont du design, avec une phase d’expérimentation", indique Julien Benayoun. 
Pour s’en convaincre il suffit de voir le résultat obtenu grâce à un filament d’impression 3D provenant de chutes de pots de yaourt fabriqués par un industriel.
L’Agence Bold réalise une enceinte sans fil personnalisable en optimisant la quantité de matière grâce à l’impression 3D.
"On peut coudre le bois, ou le rendre extrêmement flexible", atteste Julien. Et de présenter la lampe lampion intégrée dans un format de livre, crée par la société Lumio. Très "parlant".

Bold-design, agence de design produit, scénographie et laboratoire de recherche, située à Paris et à Orléans (Loiret).

Autres projets : transformer le polystyrène issu de cartouches d’imprimantes."Nous travaillons avec des bureaux d’études, des électroniciens pour développer une collection de produits électroniques comme des enceintes personnalisables. On revient à un nouveau sur-mesure", indique le designer Julien Benayoun.

L’atelier Tech Shop, situé à Ivry-sur-Seine sur 2.000m², permet le croisement de ces compétences. "C’est un lieu pour mutualiser les savoir et les envies", témoigne Julien Benayoun. "Tout en offrant la possibilité de faire du semi-industriel".

Le design industriel (re)valorise l’entreprise dans son savoir faire. Il agit sur l’offre en proposant de nouvelles gammes de produits et de services, participe à la politique d’innovation dans l’entreprise en collaboration avec les services R&D, Technique et marketing.

Non seulement le designer accompagne l’entrepreneur et ses équipes dans leur évolution, mais il génère aussi du lien social, permet d’optimiser les coûts, offre une visibilité médiatique et participe à la protection de l’environnement avec une politique d’éco-conception, plaide Julien Benayoun.

Pour lui, le design est donc un outil performant pourvu que l’on sache s’en servir… et qu’on ne le confonde pas avec le « concours Lépine ». Il faut aussi qu’il y ait une véritable réciprocité entreprise/designer. 

Accroitre la compétitivité
"Les études montrent que les entreprises qui ont intégré le design sont plus innovantes, la croissance de leur chiffre d’affaires plus rapide, leur développement à l’export également, et elles rebondissent plus vite après les périodes de crise", assure Julien Benayoun.

 

Le chalet KIMI de Tecsabois Charpente (photo ci-dessus) ou les tréteaux Bohême de Chêne Décor, ont été conçus avec le designer Laurent Corio.
Tecsabois utilise aussi les compétences d’un architecte intérieur : Dimitri Sautier. L’entreprise a obtenu le 1er prix 2016 Aménagement intérieur au Concours national de la construction bois. Exemples d’aménagements, à Paris : la Librairie La Friche (11e) et La cave du bon vivant (5e) 

 

Répondre aux mutations sociétales
"Nous avons commencé de vivre une crise majeure de l’énergie et du climat qui nous impose de réviser nos manières de penser et de vivre. De nouvelles pratiques de consommation émergent. Les matériaux intelligents se développent et les logiques d’éco-conception se systématisent. Autant de champs de réflexion majeurs pour les industriels et les designers et de champs d’actions pour concevoir des produits et des services socialement utiles, d’emploi sûr et durable, d’utilisation simple et d’un coût abordable". 

Demain, les villes vont devenir des écosystèmes

800 millions de personnes pratiquent l’agriculture urbaine à travers le monde. La Mairie de Paris a promis de sanctuariser 33 hectares de terrain en sa faveur. "L’agriculture urbaine a passé le cap du mouvement alternatif mignon pour s’imposer comme un vrai mouvement citoyen", souligne Blaise Mao, rédacteur en chef du magazine Usbek & Rica.

 


Le design s’invite aussi dans les usages, par exemple dans le domaine culinaire, comme le prouve Delphine Huguet, designer culinaire.

 


Répondre à cet article


Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

 
Les adresses pour consommer local

Suivez-nous