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Nature
23/09/2013

La Loire doit être surveillée comme le lait sur le feu

Alors que le Festival de Loire s’apprêtait à battre son plein pendant cinq jours à Orléans, scientifiques et gestionnaires du bassin de la Loire et ses affluents étaient réunis à quelques encâblures des quais pour réfléchir aux mesures à prendre afin de prévenir les risques d'inondation et pour protéger la biodiversité. S'ils donne lieu à des réjouissances, il ne faut pas oublier que "le dernier fleuve sauvage d'Europe" peut quitter brutalement son lit-cage un jour ou l'autre. C'est pourquoi il faut rester vigilant en permanence...

La Loire est un long fleuve tranquille, mais seulement en apparence. Il s’y rattache deux enjeux majeurs : la préservation de la biodiversité et surtout le risque d’inondation.

Le risque de crues et donc d’inondations reste en effet plus que jamais réel, compte-tenu des effets prévisibles du réchauffement climatique. Pas question certes de jouer les rabat-joie, mais il convient de rester vigilant et lucide. Personne ne veut y croire, mais les pouvoirs publics y pensent, et s’y préparent.

C’est ainsi que s’est tenue le 18 septembre à Orléans la 7e édition du Rendez-vous annuel entre la communauté scientifique et les gestions du bassin de la Loire et ses affluents, en prélude à l’élaboration du 4e Plan Loire (pour la période 2014-2020) et du futur SAGE (schéma d’aménagement et de gestion des eaux).

L’Europe encourage le développement des échanges d’expérience

A cette occasion, Martin Schulz, Président du Parlement européen, a envoyé un courrier qui a été lu. Ce courrier rappelle que le Plan Loire bénéficie du soutien conséquent de la politique européenne de cohésion économique, sociale et territoriale. Il souligne "l’opportunité que représentent la recherche et l’innovation au service de l’amélioration de la décision publique". Il insiste sur la richesse des partenariats multiniveaux et encourage le développement des échanges d’expérience et des transferts de savoir-faire entre partenaires de différents pays européens.

Martin Schulz rappelle aussi la résolution prise par le Parlement européen en juillet dernier sur les inondations en Europe : "La prévention efficace des inondations passe impérativement par des stratégies de gestion des risques interrégionales". Du coup, les Etats membres et les régions concernées peuvent faire de la gestion des risques une priorité d’investissement pour la prochaine période de programmation en cours de négociation…

"À Bruxelles, la Loire nous tient à cœur", assure dans une vidéo un autre représentant de l’Europe, qui n’a pu être présent. Or, "Il reste beaucoup à faire pour que l’ensemble des eaux de surface et de rivière atteigne les objectifs de qualité fixés pour… 2015."
Il rappelle que les rivières ont beaucoup de fonctionnalités : transport, énergie, agriculture, loisirs, tourisme, irrigation,… Que l’eau et la gestion de l’eau est un sujet pluri-régional. Il faut l’aborder de façon globale.
La Chine a demandé conseil à l’Europe, car ses eaux et ses fleuves ont souffert du développement économique. "Les infrastructures vertes peuvent être une réponse intelligente", estime cette personnalité.



Pierre-Etienne Bisch, préfet de la région Centre (au milieu) entouré notamment de Serge Lepeltier, maire de Bourges, ancien ministre de l’Ecologie et président du comité de bassin Loire-Bretagne (à sa droite) et Serge Grouard, député-maire d’Orléans (à sa gauche).
(Photo Patrice Dézallé)


"Comment une ville redémarre-t-elle après un sinistre d’ampleur ?"

Serge Grouard, député-maire d’Orléans, rappelle que sa ville par exemple fait "de la vraie prévention du risque d’inondation". Mais la question se pose à l’édile de savoir "comment une ville redémarre après un sinistre d’ampleur, et toutes ses conséquences économiques ?" Serge Grouard évoque le cas de La Nouvelle Orléans (Louisiane), pas encore remise de l’ouragan Katrina qui l’avait submergée en août 2005.
La préoccupation des élus sur ce thème s’est d’ailleurs traduite par la création du CEPRI, Centre européen de prévention des risques d’inondation, dont le siège se trouve justement à Orléans.
"Est-ce qu’il faut se repasser la patate chaude du risque inondation en se disant à chaque fois que la probabilité que ça arrive est faible ?", ajoute l’ancien président de la commission développement durable à l’Assemblée nationale. A ce titre, il se souvient avoir eu l’impression que des financements partaient comme l’eau dans les sables…

"Depuis, les choses se sont enclenchées, grâce à vous, monsieur le préfet", dit-il à l’adresse du préfet de région Pierre-Etienne Bisch, assis à ses côtés. "Et nous avons de la chance : il n’y a pas eu d’inondation depuis 10 ans. Je souhaite d’ailleurs n’avoir jamais à gérer une crise comme d’autres ont connu".

"La population est contre l’idée de possibles inondations"

Pour Serge Lepeltier, maire de Bourges, ancien ministre de l’Ecologie, et président du comité de bassin Loire-Bretagne, la qualité et la quantité sont les deux principaux sujets. Il fait le constat que "La population est contre l’idée de possibles inondations. Il y a donc un lien à faire avec la population". Car le risque d’inondation est bien réel. Et 700.000 à 800.000 personnes habitant dans le Val de Loire devraient être évacuées dans le cas d’une crue centenale.
Serge Lepeltier rappelle qu’il avait fait venir le commissaire européen de l’environnement, lorsqu’il était ministre de l’Ecologie.

"Les digues ne nous mettent pas définitivement à l’abri, car elles peuvent être rompues. C’est pourquoi l’apport des experts peut être déterminant. Mais on ne peut pas être seulement dans la recherche. Il faut aussi être sur le concret". D’où l’intérêt par exemple, d’un appel à projets comme celui sur les micro-polluants
.




Le préfet Pierre-Etienne Bisch a une fonction de coordination pour le bassin de la Loire. Il rappelle que "les apports de la recherche ont été importants et appréciés. On compte sur la continuité de cet exercice. Il faut se parler ; c’est le sens de cette journée. pour passer d’une intuition à une commande technico-scientifique, il faut beaucoup travailler".

"Il faut aussi une conscience collective"

Le préfet aussi ajoute l’hypothèse que les digues ne sont pas aussi solides qu’on le pense, et l’hypothèse que le Val de Loire serait envahi. "C’est plus complexe, mais c’est plus près de la vérité. On doit la vérité à nos populations. Des millions d’euros doivent être mis dans la consolidation des digues mais ça ne peut pas être pour solde de tout compte. Il faut aussi une conscience collective. Le val d’Orléans, il faut une semaine pour qu’il se vide, s’il se vide... "
Il laisse imaginer les conséquences pour l’eau, le gaz, l’électricité… les ponts seraient inutilisables...
Une table ronde sur la prévention des risques dans le cadre du réchauffement climatique
ne contredira pas ces analyses.

Patrice Dézallé

Conférence territoriale du Val de Loire Patrimoine mondial UNESCO

La Conférence territoriale du Val de Loire Patrimoine mondial UNESCO se tient ce mardi 24 septembre au lycée Descartes de Tours. Elle est introduite par Pierre-Étienne Bisc, préfet de la région Centre et du Loiret.


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