Enjeux/Débats
02/07/2012
COLLOQUE

Les leurres des mobilités internationales comme facteur de développement économique

Quelques jours avant le G20 et Rio +20, la fac de droit, économie, gestion de l’université d’Orléans organisait un colloque pendant trois jours sur un thème en forme d’interrogation : « Mobilités internationales, déséquilibres et développement : vers un développement durable et une mondialisation décarbonée ? ». « J’avais envie de montrer la déclinaison du développement durable sous toutes ses formes », indique Thierry Montalieu, l’un des enseignants-chercheurs du Laboratoire d’économie d’Orléans (LEO) et co-organisateur de l’événement. « C’est vers cette thématique que nous avons décidé de nous orienter, dans l’idée de mettre en avant une des trois équipes du LEO, à savoir TOTEM (Travail, Organisations, Territoires et Mondialisation). Mais les autres spécialistes du LEO ont participé : ceux de la macro-économie et ceux de l’économétrie. Il semble probable que l’acronyme TOTEM disparaîtra au profit d’un autre qui fera apparaître le développement durable, dans une acception élargie...

Thierry Montalieu, enseignant chercheur du LEO (laboratoire d’économie d’Orléans), co-organisateur d’un colloque à l’université d’Orléans sur le thème : « Mobilités internationales, déséquilibres et développement : vers un développement durable et une mondialisation décarbonée ? »

Thierry Montalieu, quel a été le cadrage de ce colloque qui s’est tenu à l’université d’Orléans ?
"Le cadrage a été réalisé pour l’appel aux contributions, lancé avant décembre dernier. Nous avions annoncé que le XXVIIIe colloque porterait sur la problématique des mobilités internationales. L’idée était de questionner le postulat de la mobilité internationale comme moteur de développement économique. Les coûts associés aux échanges internationaux et aux déréglementations domestiques ont parfois été sous estimés, en particulier par des modèles théoriques aux hypothèses simplificatrices.
La nouveauté des trois dernières décennies est la pression externe exercée par la mondialisation et ses chocs. Au point que certains appellent à une « démondialisation ». Les sociétés et leurs gouvernements pourront-ils durablement concilier le modèle « économie-monde » fait de mobilités accrues et la nécessaire réduction de l’empreinte écologique des activités humaines ?
 Nous avons reçu 200 propositions de communications ; 140 retenues et environ 150 personnes ont été présentes en permanence à Orléans".



À l’intérieur de cette thématique, certains sujets traités révèlent-ils des centres d’intérêt dominants chez les chercheurs ?

"Les papiers environnementaux sont dominants, mais il y en a aussi un certain nombre qui portent sur la RSE (responsabilité sociale ou sociétale d’entreprise), sur la micro-finance, les flux migratoires. La notion de proximité a été aussi traitée. On peut citer la question de la durabilité des biens, et sa relation avec l’économie du recyclage, ou le sujet de la sobriété des modes de vie. La spécialisation internationale exploite les différences de coûts salariaux ou les opportunités de dumping social et monétaire".
Faut-il une organisation mondiale de l’environnement qui serait au-dessus de tout le reste ?  
"Tout n’est pas forcément multilatéral. Les thématiques précédentes peuvent recevoir des traitements parfois sur base multilatérale mais aussi très souvent sur une base régionale".

Quels principaux enseignements tirez-vous de ce colloque ?

"Le fait d’encourager toutes les mobilités (mobilité des capitaux, des biens, du travail, des personnes, des services) est plutôt bénéfique. Mais l’on commence aussi à voir poindre des problèmes liés à cette mobilité mondialisée. Certains pays sont devenus enfermés dans des trappes de pauvreté. Il y a une forme d’utopie à croire que les échanges internationaux vont rendre les marchés purs et parfaits. Les mobilités ont révélé une forme de naïveté sur les bienfaits de l’ouverture".


Parler de mobilité, c’est au moins implicitement parler de frontières…
"Les Etats existent toujours, avec leurs frontières administratives. Mais l’on constate aussi une multiplication des accords régionaux, de façon différenciée. La perméabilité des frontières reste du ressort de la politique. Des droits de douane sur les marchandises continuent d’être appliqués à certaines marchandises, sans pour autant freiner le rythme d’ouverture enclenché depuis des années. Il y a une très forte mobilité des capitaux. Les services et les personnes sont relativement moins touchés par ce phénomène".

Un optimisme micro et un pessimisme macro

 

En conclusion ?
"Il y a deux tendances. L’une se traduit par un « optimisme micro ». À cette échelle on constate que beaucoup de choses bougent, qu’il y a beaucoup d’initiatives. Les titres de certaines communications en offrent une illustration : localisation et réformes domestiques ; gouvernance et qualité institutionnelle ; la proximité économique et sociale : gestion des ressources agricoles ; aménagement, environnement et gouvernance locale…
 Reste à savoir comment on passe à la généralisation. Est-ce que la société civile (syndicats de producteurs, consommateurs, etc.) doit jouer un rôle d’aiguillon ? Il est certain que de nombreux sujets sont plus faciles à régler dans un espace régional, même à l’échelle de l’Europe, que dans un contexte d’échanges multilatéraux.

L’autre tendance, c’est celle du « pessimisme macro ». Le point de vue c’est qu’il peut y avoir des spirales non vertueuses dans les échanges internationaux, comme l’exploitation de la main d’œuvre bon marché ou des enfants, sans oublier les contraintes environnementales et la surexploitation des ressources. Le pessimisme macro porte essentiellement sur les rejets de CO2 et ses conséquences, comme les pressions migratoires liées au changement climatique. Il est aussi alimenté par la conviction que les politiques publiques ne peuvent pas régler tous les problèmes. Mais pour certains économistes, « la pression est créatrice » et l’homme finira par trouver des solutions".

Une réponse essentielle passe par les sauts technologiques

"La limite de l’exercice et de la recherche en sciences humaines et sociales, c’est que l’on mesure tellement la difficulté à faire évoluer les consciences et les politiques publiques ! Une réponse essentielle passe par les sauts technologiques. L’idéal serait une croissance qui ne nécessiterait plus un fort contenu en ressources non renouvelables ou très polluantes. C’est alors qu’intervient souvent les notions de « consentement à payer » ou d’ »acceptabilité sociale ».
Propos recueillis par Patrice Dézallé

www.univ-orleans.fr/leo/

EN BREF

Publications. La suite logique du colloque ce sera une série de publications notamment dans la revue Monde en développement, et probablement sous la forme d’un ouvrage collectif.
De nombreuses contributions vont être ou sont d’ores et déjà consultables sur le site du LEO.

ATM. L’ATM a été créée par l’économiste François Perroux, qui a lancé en même temps deux revues : Monde en développement, et Tiers Monde.
"François Perroux avait une vision humaniste et transversale du développement", résume Thierry Montalieu, économiste orléanais, vice-président de l’université, membre du Conseil d’Orientation Scientifique de l’association ATM et trésorier de l’association internationale des chercheurs francophones en microfinance, dont le président est Michel Lelart (directeur de recherche émérite au CNRS). trésorier de l’association ATM.

Créteil après Orléans
. Un colloque est organisé régulièrement par ATM. C’est le LEO laboratoire d’économie d’Orléans qui en avait la charge cette année. L’an prochain il aura lieu à l’université Paris-Est Créteil, avant d’aller probablement dans une université du Maghreb.

Sujets. Voici quelques exemples de « papiers » présentés au cours du colloque à Orléans :
La durabilité – un nouvel horizon pour le calcul économique ; Valorisation du patrimoine culturel et tourisme durable ; Défis environnementaux et technologiques – vers un développement décarboné ?

Changement climatique et éco- développement ?
La durabilité – un nouveau paradigme pour les modes de vie ;

La responsabilité des acteurs – RSE ; Vers une mobilité durable ? Les régulations du commerce mondial en débat…

« Croissance économique et impact environnemental : le découplage est-il possible ? Les cas des émissions du CO2 et du SO2 : une étude comparative », par Mamadou CAMARA (Université de Lille 1 – CLERSE).

Enseignants-chercheurs locaux.
Alexandru MINEA (Université d’Auvergne de Clermont-Ferrand 1 – CERDI) et VILLIEU Patrick (Université d’Orléans – LEO) : « Financement par emprunt des investissements de dépollution : vers une règle d’or verte ? »

Isabelle RABAUD et Thierry MONTALIEU (Université d’Orléans – LEO) : « Libéralisation des échanges de services et soutenabilité des réformes domestiques : quels enseignements des modèles d’équilibre général ? »

Christophe LAVIALLE (Université d’Orléans – LEO) : « Etre keynésien au XXIème siècle : patriotisme économique ou mondialisation keynésienne ? »

Arslan Tariq RANA et Philippe SAUCIER (Université d’Orléans - LEO) : « Les clauses environnementales dans les accords de libre échange entre pays développés et pays émergents. Analyse des déterminants »


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