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Thierry Montalieu, enseignant chercheur du LEO (laboratoire d’économie d’Orléans), co-organisateur d’un colloque à l’université d’Orléans sur le thème : « Mobilités internationales, déséquilibres et développement : vers un développement durable et une mondialisation décarbonée ? »
Thierry Montalieu, quel a été le cadrage de ce colloque qui s’est tenu à l’université d’Orléans ?
"Le cadrage a été réalisé pour l’appel aux contributions, lancé avant décembre dernier. Nous avions annoncé que le XXVIIIe colloque porterait sur la problématique des mobilités internationales. L’idée était de questionner le postulat de la mobilité internationale comme moteur de développement économique. Les coûts associés aux échanges internationaux et aux déréglementations domestiques ont parfois été sous estimés, en particulier par des modèles théoriques aux hypothèses simplificatrices.
La nouveauté des trois dernières décennies est la pression externe exercée par la mondialisation et ses chocs. Au point que certains appellent à une « démondialisation ». Les sociétés et leurs gouvernements pourront-ils durablement concilier le modèle « économie-monde » fait de mobilités accrues et la nécessaire réduction de l’empreinte écologique des activités humaines ?
Nous avons reçu 200 propositions de communications ; 140 retenues et environ 150 personnes ont été présentes en permanence à Orléans".

À l’intérieur de cette thématique, certains sujets traités révèlent-ils des centres d’intérêt dominants chez les chercheurs ?
"Les papiers environnementaux sont dominants, mais il y en a aussi un certain nombre qui portent sur la RSE (responsabilité sociale ou sociétale d’entreprise), sur la micro-finance, les flux migratoires. La notion de proximité a été aussi traitée. On peut citer la question de la durabilité des biens, et sa relation avec l’économie du recyclage, ou le sujet de la sobriété des modes de vie. La spécialisation internationale exploite les différences de coûts salariaux ou les opportunités de dumping social et monétaire".
Faut-il une organisation mondiale de l’environnement qui serait au-dessus de tout le reste ?
"Tout n’est pas forcément multilatéral. Les thématiques précédentes peuvent recevoir des traitements parfois sur base multilatérale mais aussi très souvent sur une base régionale".
Quels principaux enseignements tirez-vous de ce colloque ?
"Le fait d’encourager toutes les mobilités (mobilité des capitaux, des biens, du travail, des personnes, des services) est plutôt bénéfique. Mais l’on commence aussi à voir poindre des problèmes liés à cette mobilité mondialisée. Certains pays sont devenus enfermés dans des trappes de pauvreté. Il y a une forme d’utopie à croire que les échanges internationaux vont rendre les marchés purs et parfaits. Les mobilités ont révélé une forme de naïveté sur les bienfaits de l’ouverture".
Parler de mobilité, c’est au moins implicitement parler de frontières…
"Les Etats existent toujours, avec leurs frontières administratives. Mais l’on constate aussi une multiplication des accords régionaux, de façon différenciée. La perméabilité des frontières reste du ressort de la politique. Des droits de douane sur les marchandises continuent d’être appliqués à certaines marchandises, sans pour autant freiner le rythme d’ouverture enclenché depuis des années. Il y a une très forte mobilité des capitaux. Les services et les personnes sont relativement moins touchés par ce phénomène".

En conclusion ?
"Il y a deux tendances. L’une se traduit par un « optimisme micro ». À cette échelle on constate que beaucoup de choses bougent, qu’il y a beaucoup d’initiatives. Les titres de certaines communications en offrent une illustration : localisation et réformes domestiques ; gouvernance et qualité institutionnelle ; la proximité économique et sociale : gestion des ressources agricoles ; aménagement, environnement et gouvernance locale…
Reste à savoir comment on passe à la généralisation. Est-ce que la société civile (syndicats de producteurs, consommateurs, etc.) doit jouer un rôle d’aiguillon ? Il est certain que de nombreux sujets sont plus faciles à régler dans un espace régional, même à l’échelle de l’Europe, que dans un contexte d’échanges multilatéraux.
L’autre tendance, c’est celle du « pessimisme macro ». Le point de vue c’est qu’il peut y avoir des spirales non vertueuses dans les échanges internationaux, comme l’exploitation de la main d’œuvre bon marché ou des enfants, sans oublier les contraintes environnementales et la surexploitation des ressources. Le pessimisme macro porte essentiellement sur les rejets de CO2 et ses conséquences, comme les pressions migratoires liées au changement climatique. Il est aussi alimenté par la conviction que les politiques publiques ne peuvent pas régler tous les problèmes. Mais pour certains économistes, « la pression est créatrice » et l’homme finira par trouver des solutions".
"La limite de l’exercice et de la recherche en sciences humaines et sociales, c’est que l’on mesure tellement la difficulté à faire évoluer les consciences et les politiques publiques ! Une réponse essentielle passe par les sauts technologiques. L’idéal serait une croissance qui ne nécessiterait plus un fort contenu en ressources non renouvelables ou très polluantes. C’est alors qu’intervient souvent les notions de « consentement à payer » ou d’ »acceptabilité sociale ».
Propos recueillis par Patrice Dézallé
EN BREF |
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Publications. La suite logique du colloque ce sera une série de publications notamment dans la revue Monde en développement, et probablement sous la forme d’un ouvrage collectif. Changement climatique et éco- développement ? La responsabilité des acteurs – RSE ; Vers une mobilité durable ? Les régulations du commerce mondial en débat… « Croissance économique et impact environnemental : le découplage est-il possible ? Les cas des émissions du CO2 et du SO2 : une étude comparative », par Mamadou CAMARA (Université de Lille 1 – CLERSE). Enseignants-chercheurs locaux. |
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