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Enjeux/Débats
25/06/2012

Les "pères" socialistes du tram d’Orléans vilipendent les élus de droite qui leur ont succédé

Les principaux élus socialistes qui ont préparé et réalisé la première ligne de tramway de l’agglomération d’Orléans applaudissent aussi la seconde qui est inaugurée ce vendredi 29 juin. Mais ils n’ont pas oublié toutes les obstructions et les critiques des élus de droite à l’époque qui avaient entraîné la défaite de Jean-Pierre Sueur aux municipales d’Orléans. Ce dernier, à la tête d’un collectif, réhabilite le projet structurant qu’il a conduit. Orléans a ainsi été la première ville de cette taille à avoir un tram en France et dans un budget tenu. Elle est aujourd’hui celle qui a la 2e ligne la plus coûteuse de France, après le tram de Nice. Mettons en perspective les municipales en 2014.

Ce lundi 25 juin, à deux pas de l’hôtel de ville d’Orléans, au pied de la cathédrale et d’une rame qui effectue ses derniers essais sur la 2e ligne de tram avant l’inauguration du 29 juin, un collectif d’élus de gauche de l’agglomération d’Orléans, autour de Jean-Pierre Sueur, a réuni la presse locale. L’heure est à la fierté, teintée d’amertume.

"On peut perdre une élection pour des idées justes et qui se révèlent justes, y compris aux yeux de ceux qui ont gagné l’élection quelque temps plus tard", résume Jean-Pierre Sueur. Le ton est donné. Chacun à son tour participe ensuite au rétablissement de "la vérité" sur l’histoire de ce tramway d’Orléans. L’opération de communication vise à réhabiliter l’action, le projet et la vision qu’ils ont partagés et qu’ils ont réalisés.

Souvenirs d’une campagne de dénigrement

*"Nous avons subi des oppositions virulentes. Il a été dit que notre projet n’avait pas de sens, que l’on ne pourrait jamais le financer", résume Jean-Pierre Sueur en renvoyant au « florilège » de quelques déclarations compilées dans le dossier de presse. Des prises de position tenues dès l’an 2000 en particulier par Serge Grouard, alors jeune loup chiraquien, qui allait finalement ravir le fauteuil de maire à Jean-Pierre Sueur. Ce dernier se souvient aussi d’un tract dans lequel son adversaire appelait à voter pour lui "si vous ne voulez pas du tramway ni du pont de l’Europe". 
"Aujourd’hui, il y a en moyenne 20.000 personnes par jour qui ne vont nulle part…. " ironise l’actuel président de la commission des lois au Sénat.

"Un projet d’urbanisme fondamental"

Orléans, lundi 25 juin. Jean-Pierre Sueur entouré de Michel Brard et Jean-Pierre Lapaire. Dix ans après. (Photo Patrice Dézallé)

Grâce aux socialistes, l’agglomération d’Orléans a été la première en France à faire le choix du tramway en site propre. "C’est un mode de transport écologique", ajoute aujourd’hui Jean-Pierre Sueur dans son argumentaire. "Et c’est un projet d’urbanisme fondamental. Quand on l’a pensé, on a pensé un projet urbain". Il visait notamment à relier le centre ville, avec sa gare, au quartier universitaire de La Source d’une part et à l’autre gare, celle de Fleury-les-Aubrais, d’autre part. C’est ce projet d’urbanisme qui manque pour la future Arena, salle destinée à l’équipe de basket de Pro A, et pour l’hôpital au nord de l’agglo, déplore Jean-Pierre Sueur.

Le communiste Michel Guérin en faux-frère

Jean-Pierre Lapaire, ancien conseiller régional et maire de Saint-Jean-de-Braye, est celui qui a été l’instigateur de la première ligne. Il illustre quelques effets structurants du tramway : le quartier de l’Ilot de la Rape, à la fois de bureaux et résidentiel, auprès du centre administratif Coligny, a été conçu en même temps. De même le quartier du Larry, à Olivet, qui a accueilli la clinique de l’Archette et vu pousser nombre de logements. Jean-Pierre Lapaire déplore qu’il y ait eu dans le clan des détracteurs "un individu particulier", en l’occurrence le communiste Michel Guérin, qui était maire de Saran, et qui roulait pour le TVR, un tram trolley sur pneus. Néanmoins, à Orléans "Nous avons été des modèles", conclut Jean-Pierre Lapaire, qui cite les trams du Mans, Avignon, et Amiens, où un projet est en cours.

"Dix ans de reniements et de renoncements"

Christophe Chaillou, maire de Saint-Jean-de-la-Ruelle, qui vient d’être battu de peu par Serge Grouard aux Législatives, souligne "la cohérence des positions que nous avons défendues" Il rappelle qu’il avait voté en 1995 pour le projet de la première ligne, "avec l’idée d’un réseau et donc d’une 2e ligne". Plus tard il a voté la proposition d’une 2e ligne longue qui devait relier La Chapelle Saint-Mesmin à Chécy. "Sans faire de blocage". Une attitude intelligente battue en brèche par "les reniements et les renoncements des élus de l’agglomération d’Orléans depuis dix ans". Il fournit des exemples. Le président de l’Agglo, Charles-Eric Lemaignen, en prend aussi pour son grade. La consultation démocratique qu’il s’était engagé à organiser sous la forme d’un referendum n’a jamais eu lieu. Christophe Chaillou se réjouit cependant de voir le tramway arriver dans les quartiers de Saint-Jean-de-la-Ruelle grâce à la 2e ligne. "Le choix qui a été fait participe à la rénovation urbaine".

Le coût exorbitant de la 2e ligne

Reste qu’il s’est écoulé 17 ans entre le vote du principe du réseau de transport et l’inauguration de la seconde ligne, souligne David Thiberge, actuel maire de Saint-Jean-de-Braye. Probablement un record. Et surtout ce laps de temps semble expliquer le coût exorbitant constaté pour la 2e ligne réalisée par les équipes de droite au pouvoir. "Plus un chantier dure longtemps, plus il coûte cher", explique Jean-Pierre Lapaire. Or, le chantier de la 2e ligne a duré 50 mois, contre 23 pour la première ligne. L’ancien élu fournit d’autres explications :en particulier le fait d’avoir choisi des assistants à maîtrise d’ouvrage pour la 2e ligne au lieu de reproduire une SEM (société d’économie mixte) d’exploitation comme pour la 1ere.
Michel Martin, adjoint aux finances à la mairie d’Orléans et à l’Agglo, est suspecté de « maquiller » ce coût en l’annonçant hors taxe de façon à ce que les 400 millions ne soient pas dépassés. On peut être à la fois expert en comptabilité et habile en communication. 395 millions pour 11,4 km, cela fait un coût de 34.6 millions du kilomètre contre à peine 20 millions (actualisés) pour la première ligne. À titre indicatif, ce coût est de 28 millions à Reims, 20 millions au Mans et il est estimé à 23 millions pour la première ligne du tramway de Tours en cours de construction.
Les élus de gauche ont calculé que 55 millions ont été perdus, notamment du fait de la perte des aides d’Etat "qui avaient été obtenues" assure Jean-Pierre Sueur ; du fait du paiement d’indemnités à Alstom, etc. Mais cela ni même le fait d’avoir financé des aménagements particuliers (comme la réfection de façades des maisons en centre ville d’Orléans) ou d’avoir opté pour une alimentation électrique enterrée n’expliquent pas le surcoût.
La première ligne de tramway d’Orléans était la moins chère de France ; la 2e ligne est la plus chère après celle de Nice.
 
En attendant l’avis de la chambre régionale des comptes, Jean-Vincent Valliès, maire de Chécy, vilipende pour sa part "les inconséquences" de Charles-Eric Lemaignen et de Serge Grouard. Ils plaidaient initialement pour un tracé long, de La Chapelle à Chécy. Les consultations publiques avaient d’ailleurs montré que la demande était la plus forte de la part des habitants de Chécy. Au final, la 2e ligne s’arrête à… Saint-Jean-de-Braye.
Christian Dumas, maire d’Ingré, a moins de récriminations à formuler si ce n’est que "le surcoût se fait au détriment d’autres investissements". Il constate en tout cas que "le bien-fondé du tramway n’est plus discutable aujourd’hui, mais il aurait pu effectivement arriver beaucoup plus tôt".
Quant à Pierre Ody, maire de Semoy, il confie avoir "mal vécu" en 2001 le programme électoral de Serge Grouard "bâti contre le tram", évoquant une forme de manipulation de la démocratie.

Manifestement, les élus socialistes ne veulent pas laisser les élus de droite s’approprier un succès dont ils sont à l’origine et une réalité qui n’aurait probablement pas existé sans leur volonté et leur courage politique. "La vérité est bonne à dire", estime Jean-Pierre Sueur. Qui pourrait bien aussi avoir une arrière-pensée politique et songer à prendre sa revanche lors des municipales de... 2014.
Patrice Dézallé
 

Accessibilité : des doutes les aménagements de la 2e ligne

Michel Brard, "adepte depuis la première heure des transports en site propre", fait part de son scepticisme sur les réels services que rendra la 2e ligne de tramway de l’agglomération d’Orléans aux personnes handicapées ou à mobilité réduite qui l’emprunteront. Avant de pouvoir juger sur pièce, l’ancien adjoint de Jean-Pierre Sueur a au moins constaté que la liaison tram-train à la gare d’Orléans n’a toujours pas été réalisée depuis 11 ans, et qu’il n’est pas prévu un service d’accompagnement des personnes handicapées comme il l’a proposé.
Michel Brard sait de quoi il parle puisqu’il avait animé pendant 4 ans la commission d’accessibilité pour la 1ere ligne. Le travail effectué alors avec en collaboration avec Nantes, a donné lieu à un document qui fait désormais référence en France.
La commission prévue pour la 2e ligne, présidée par Charles-Eric Lemaignen, n’a tenu qu’une poignée de réunions, "pour entériner des décisions qui avait déjà été prises, sans consultation des usagers", estime Michel Brard.


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