logo puissance 2d

Nature
02/08/2015

Processionnaire du pin : les arbres ornementaux, acteurs clés dans la progression des ravageurs

La processionnaire du pin est un insecte forestier en expansion du Sud vers le Nord de la France sous l'effet du changement climatique ; elle soulève de nombreux problèmes phytosanitaires et de santé publique. Les chercheurs de l'Inra ont étudié sa dispersion dans une zone de grandes cultures (Beauce) qui, malgré l'absence de forêts, n'a pas fait barrage à la progression de cet insecte.

Pour la première fois, ces travaux démontrent le rôle crucial des arbres "hors forêt"* dans la dispersion des ravageurs forestiers. Ils ouvrent ainsi des perspectives en matière de gestion des paysages, y compris en zone urbaine, notamment par le choix des essences plantées par les gestionnaires publics ou les particuliers : les arbres choisis peuvent limiter ou au contraire favoriser l’expansion des organismes nuisibles.

Une étude menée au nord de la Beauce

 

Quelques images sur les arbres hors forêt hôtes de la processionnaire du pin en Beauce  :

La figure de l’article : à gauche la Beauce vue par l’inventaire forestier national (=> faible connectivité du milieu pour l’insecte sans les arbres hôtes hors forêt) ; à droite, distribution des arbres-hôtes de la processionnaire selon notre modèle (=> forte connectivité du milieu en prenant en compte les arbres associés aux zones bâties, expliquant pour la première fois pourquoi la Beauce n’a pas constitué une barrière à l’expansion de cet insecte)

Des exemples de pins en Beauce : en haut à gauche, une structure en timbre-poste avec des feuillus mais aussi quelques pins ; en haut à droite des pins le long de l’autoroute A10 : ces deux types de structures, carrés en plein champ et alignement le long des voies de communication, sont les plus notables lorsqu’on traverse la Beauce mais en réalité les arbres isolés des villages et hameaux (les 4 autres photos) constituent l’essentiel de la trame.
(Jérôme Rousselet, INRA Orléans)

 

Pour comprendre la dynamique des bioagresseurs forestiers, il est nécessaire de dépasser le cadre strict des forêts afin d’intégrer les autres compartiments du paysage (parcelles agricoles, zones urbaines...).
Les chercheurs de l’Inra ont ainsi étudié une parcelle de 484 km² dans une zone de grandes cultures au nord de la Beauce où ils ont réalisé un inventaire exhaustif et la cartographie de tous les arbres hôtes de la processionnaire du pin (pins, cèdres, sapin de Douglas).

La Beauce telle qu’on la perçoit à savoir des champs à perte de vue avec très peu d’arbres versus les arbres isolés disséminés dans les villages et les hameaux suffisants pour constituer des relais pour la processionnaire (mais d’ailleurs ce qui est vrai pour un insecte nuisible comme la processionnaire, l’est aussi probablement pour la biodiversité en général -> la végétation des zones bâties forme un maillage offrant vraisemblablement des continuités écologiques à de nombreuses autres espèces si elles sont capables de disperser d’un lieu à l’autre)Des arbres pas si absents que ça en Beauce.


Les chercheurs ont ensuite élaboré un modèle permettant de simuler la distribution de ces arbres dans des paysages similaires à très grande échelle.

L’extension des résultats obtenus en Région Centre-Val de Loire à l’ensemble de la Beauce (5 000 km²) montre que les habitats favorables à la processionnaire du pin dans des régions non forestières sont bien plus nombreux qu’on ne l’imaginait précédemment.

Villes, villages et hameaux sont à l’origine d’un maillage d’arbres couvrant le territoire de façon régulière, expliquant pourquoi cette région parmi les moins forestières de France n’a pas constitué une barrière à la propagation de l’insecte.

Ces résultats illustrent l’importance des arbres hors forêt, y compris ornementaux, dans les continuités écologiques utilisées par certaines espèces forestières. Des questions similaires se posent quant à la circulation des insectes en milieu urbain et à l’interface ville/campagne où ces continuités écologiques résultent des choix de plantation d’une multitude d’acteurs privés ou publics.

La Beauce avec et sans prise en compte des AHF

 

La prise en compte des arbres hors forêt permettra de mieux comprendre la dispersion des espèces de ravageurs natifs ou exotiques, et donc certaines invasions biologiques."

* Certaines essences forestières sont fortement utilisées en plantation ornementale et sont donc largement présentes en dehors des forêts (par exemple le Pin noir, hôte de la Processionnaire du pin).

 

Référence
Jean-Pierre Rossi (Centre de Biologie pour la Gestion des Populations (CBGP), Garcia J., Roques A., Jérôme Rousselet (Zoologie Forestière à l’INRA d’Orléans). Trees outside forests in agricultural landscapes : spatial distribution and impact on habitat connectivity for forest organisms. Landscape Ecology DOI : 10.1007/s10980-015-0239-8

http://link.springer.com/article/10.1007/s10980-015-0239-8

 

En savoir plus sur la Processionnaire du pin

La processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) est un insecte forestier en expansion progressive du sud vers le nord de la France sous l’effet du changement climatique.
Elle colonise les milieux urbains à partir du compartiment forestier et soulève des problèmes phytosanitaires et de santé publique car les larves de ce papillon sont urticantes.
Les chenilles consomment les aiguilles de différentes espèces de conifères (pins, cèdres, sapin de Douglas) et notamment d’espèces largement répandues telles que Pinus nigra, utilisées comme essence forestière ou comme arbre ornemental en milieu urbain et rural.

 

Répondre à cet article


Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

 
Les adresses pour consommer local

Suivez-nous