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08/01/2016

Régime Afterres : 4 Régions dont le Centre-Val de Loire prêtes à l’adopter

À l’instar de NegaWatt pour l’énergie, l’association Solagro a élaboré plusieurs scénarios pour l’agriculture du futur. Ces scénarios ont été présentés dernièrement à l’Hôtel de la Région Centre-Val de Loire à Orléans. Il s’agit en résumé de consommer autrement et produire autrement, avec des objectifs qualitatifs. Cultiver mieux, mais aussi inciter à manger moins et mieux. Depuis 2013, la Région Centre-Val de Loire soutient et participe à la régionalisation de ce scénario Afterres2050. Ces phases de régionalisation ont également été soutenues par l’ADEME et les régions Ile-de-France, Picardie et Rhône-Alpes. Un séminaire national de restitution a eu lieu les 15 et 16 octobre à Nanterre.

Sylvain Doublet, ingénieur agronome, a présenté au Conseil régional à Orléans cet exercice de prospective : un scénario soutenable d’utilisation des terres pour la France, au nom de l’association Solagro. Avec ses déclinaisons régionales.

La région Centre-Val de Loire parmi les volontaires pour une expérimentation

Il faut dire que la région Centre-Val de Loire fait partie des volontaires pour une démarche prospective qui associe les agriculteurs, forestiers, consommateurs, collectivités, enseignants, institutions, associations de protection de l’environnement. Trois autres Régions ont choisi de s’engager : l’Ile-de-France, la Picardie et Rhône-Alpes.
Des groupes d’une trentaine de personnes ont suivi pendant deux ans les travaux de régionalisation et ont contribué à élaborer des scénarios contrastés.


Ainsi, Afterres 2050 c’est aujourd’hui un scénario national et 22 scénarios régionaux, qui proposent de "remettre l’agronomie au cœur du projet agricole, dans le but de reconquérir la fertilité des sols et les équilibres naturels.

"Les modèles agricoles sont convoqués pour une évolution importante"
"Nous avons une vision durable des enjeux de l’agriculture", assure François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire. "C’est un vrai sujet pour notre région, qui est souvent très connue pour son Agriculture. Mais cette agriculture est de plus en plus impactée par le changement climatique, sans oublier les enjeux liés à l’eau. Les choses évoluent, mais peut-être pas assez vite. Et vers quel modèle ? Les modèles agricoles sont convoqués sur une évolution importante dans les prochaines décennies. Et cela ne se fait pas en un clic.
La biodiversité est moins « grand public », mais il s’agit aussi d’un enjeu primordial. Il faut aussi un enjeu de régionalisation, sinon pas grand-chose ne changera
.
Nous, nous avons réussi à inscrire cette région dans une dynamique de développement durable".


Polytech Tours associée à l’étude

Spécialisée sur l’étude d’impact, l’association Solagro a voulu élargir son champ de compétence par le biais de la prospective, en partant de la demande sur l’alimentation, explique Sylvain Doublet.
Cette demande intègre évidemment la qualité et le respect de l’environnement. L’étude associe l’école d’ingénieurs Polytech Tours, sur la sociologie et l’alimentation.

Il faut savoir qu’en 2050, la population française devrait compter 12 millions d’individus de plus qu’aujourd’hui. La hausse sera plus forte sur le bassin méditerranéen.
Comment, dans ces conditions, parvenir à diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre ? Sachant que l’objectif est limité à une division par 2 pour le secteur agricole, dans l’Ouest de l’Europe.
Pourtant, il faudra bien améliorer la résilience climatique de l’agriculture (capacité à résister à un choc). Comment fait-on et comment est-ce possible ?

Fertiliser les sols et modifier nos habitudes alimentaires
Sylvain Doublet présente quelques leviers d’action :
L’agriculture utilise relativement peu de gas-oil, mais elle est en pointe sur les émissions d’ammoniaque (azote) et de particules fines.
Or, le sol est le moteur de la fertilité. "Des sols, il y en aura toujours. Mais avoir des sols fertiles, c’est plus compliqué", fait remarquer Sylvain Doublet.
Et comment l’agriculture va-t-elle fournir du carbone à la société ? Leviers : l’assiette. C’est-à-dire, ce que l’on mange. En résumé, "il faut changer de régime alimentaire. Et aussi le système agricole"

Avec des incidences sur les volumes en import/export, sur l’artificialisation des sols (arbitrages à faire entre les routes, les constructions, les emprises pour la logistique, etc). Et sur les vecteurs énergétiques (biomasse…)
"La France et la région Centre-Val de Loire ont des marges de progrès par rapport à d’autres", assure Sylvain Doublet. Même si cette marge est étroite.

Passer au régime Afterres
Solagro propose un régime. Un régime baptisé Afterres. Ce régime de l’après, comporte une partie "réduction" des consommations...
La priorité consiste à réduire les surconsommations. Presqu’une évidence. Par exemple, en France l’on consomme en moyenne 90 grammes de protéines par jour alors que 50 grammes sont conseillés, selon Sylvain Doublet.
La consommation de sucre est excessive aussi. La réduire permettrait peut-être de rendre acceptable une diminution de la production.
Réduire les pertes et le gaspillage, c’est une mesure de bon sens. Réduire aussi la consommation de lait, et inverser la répartition entre les protéines d’origine animale et les protéines végétales.

Des dilemmes

Un tel scénario pose des dilemmes (Quantité/Qualité, sols/SAU, surface agricole utile) et requiert des arbitrages : produire autrement et consommer autrement. C’est-à-dire tendre vers le bio, à tout le moins vers des productions mieux intégrées (diversité, rotations longues) où le recours à la chimie ne se fait qu’en cas d’extrême nécessité.
Retour aux cultures diversifiées, après 50 ans d’éloge et de pratique des monocultures. Retour du bon sens, avec des pratiques agronomiques « logiques ».
Sur le cheptel, on est face à un dilemme important, concède Sylvain Doublet :
ruminants contre granivores. Car qui dit ruminants dit émissions de méthane, facteur de réchauffement de la planète.
Mais "s’il existe 10 millions d’hectares d’herbes en France, une bonne partie sont des prairies ayant des fonctions biologiques majeures. On ne peut donc pas les convertir sans risque", admet Sylvain Doublet.

La ferme France est très orientée sur les productions animales, et surtout de bovins. Or, la région Centre-Val de Loire a étonnamment une spécificité de bovins destinés à la boucherie. Mais "ce n’est pas parce que l’on réduit le troupeau par deux que l’on réduit le nombre d’emplois par deux", s’empresse de rassurer Sylvain Doublet.

Le scénario vise à concilier alimentation, production de matériaux et d’énergie, réduction des émissions de gaz à effet de serre en agriculture, stockage de carbone, réduction de l’empreinte écologique, et maintien d’un système agro-sylvicole soutenable.
La quadrature du cercle ? Non puisque le virage a commencé à être amorcé. Tant bien que mal, il est vrai.


Patrice Dézallé
 

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